La gargote d'Henri

Josée Blanchette

Lorsqu'il n'est pas en train de jouer au soccer, Henri est à La Gargotte, place d'Youville, à siffler un verre de pastis et causer Mondial de soccer avec le patron. Ces jours-ci, Henri y va gentiment sur le pastis car il se relève d'une ablation de la vésicule billiaire. Comme ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus, il me montre son nombril et me fait admirer sa cicatrice. J'ai toujours su que tu avais des problème avec ton nombril, Henri, que je le rassure. En mal d'un petit restaurant français pas trop cher dans le Vieux-Montréal, Henri a adopté cet endroit comme un frère. La Gargote offre un menu conçu en table d'hôte, plusieurs plats du jour au gré du marché et des humeurs. En guise d'apéro, on peut préférer le Lillet blanc au pastis, un vin d'orange très agréable et léger. La Gargote d'Henri est un endroit fort sympathique auquel s'ajoute une terasse nichée de l'autre côté de la rue, sur la place d'Youville. À l'heure du midi ou du soir, on peut s'y faire servir une cuisine française tout ce qu'il y a d'honnête. En entrée, nous commandons la soupe de poissons qui embaume tout le restaurant et le ceviche de saumon à la coriandre qui ne sent rien du tout. L'entrée froide de poisson cru est présentée avec un certain sens artistique, chiffonnade de laitues au centre, rondelles d'oignon, câpres, citron. Les tranches de saumon cru tapissent le fond de l'assiette. Elles auraient gagné à être marinées. La coriandre fraîche ajoute une petite note piquante. Quant à la soupe de poissons, garnie de croûtons au fromage, elle est succulente et parfumée. Tout Français qu'il est, Henri a fait des découvertes tout à fait orientales quant à la façon de traiter son système digestif ces derniers mois. Ils m'entretient avec passion de la médecine des chakras et de sa masseuse shiatsu. «Je travaille sur la confiance et l'estime de moi; c'est le troisième chakra qui est faible.» Henri m'amuse beaucoup avec ses découvertes de vieux baba-cool sur le retour de prostate. Il y a dix ans, il se faisait mariner la vésicule dans le vin rouge; le voilà converti au thé. Pour l'instant, nous sommes convertis au Listel (25.50$), un rosé sans grand caractère mais qui tiendra la route sur la tartelette de ris de veau Marengo et la papillote de volaille en filo. La tartelette en pâte feuilletée est déposée sur des asperges de saison et une demi-glace de veau intense. Garnie de ris de veau à point, de champignons et de poivres roses, cette tartelette est tout à fait séduisante. La papillote de notre ami Henri emprisonne une volaille restée humide. Une sauce fine, point trop grasse, ajoute son grain de sel et d'herbes, sans compter quelques légumes encore croquants, le tout dans une présentation irréprochable. Henri se fait offrir des fromages mais simplement pour entendre brie-bleu-chèvre et avoir la force morale de résister. Je ne lui tords pas un bras pour goûter aux fruits glacés aux noix, une salade de fruits servie avec crème glacée aux noix et à l'érable. Une crème fouettée tournée en beurre accompagne cette finale légère. Seul autre choix, un chou à la crème (la même crème virée en beurre) avec glace à l'érable sur coulis de fraises résume l'étape des desserts qui n'est visiblement pas le forte de l'endroit. «Qu'à cela ne tienne, Henri. Nous jouerons à la pétanque!» Une gars de Marseille traîne toujours quelques boules à l'arrière de sa bagnole. Nous ressortons dans le frais du soir tirer une gauloise au grand air. Nos boules sous le bras, nous nous dirigeons vers le Vieux-Port en promettant à la serveuse de revenir pour le pousse-café. «Si tu gagnes, tu offres le pastis, si je perds, c'est toi qui l'offres.» Eh, Marius, tu me prends pour Jeanette ? Un repas pour deux personnes avant vin, taxes et service coûte environ 35$.


Il était une fois La Gargote

Patricia Miotto

Vielle maison remplie de souvenirs, La Gargote est un petit bistro français situé en plein coeur du Vieux-Montréal, tout près de la Cité du multimédia. C'est aussi le rêve d'un Marseillais d'origine qui s'est exilé au Québec il y a 36 ans.

Dans un quartier qui respire la modernité et les nouvelles technologies et qui pourrait probablement devenir le nouveau Soho - quartier très branché de New York - , on cultive ses jardins et ses terrasses, tandis que de nouveaux petits restaurants viennent s'y nicher. Ainsi, en plein coeur de la Place d'Youville, j'ai découvert au coin d'une rue un petit bistro français dénommé La Gargote.

J'ai déjà un faible pour la cuisine française, mais quand celle-ci a un accent du sud en plus, je n'hésite pas à vous présenter ma trouvaille. Ancien propriétaire du Bistro Saint- Denis, Jean-Pierre Ousset a eu le coup de foudre pour le Vieux-Montréal et pour cette ancienne maison située dans un endroit encore préservé des boutiques de souvenirs. C'est donc en 1996 qu'il décide de transformer l'espace en «taverne», mais attention, dans le sens le plus positif du terme! Il laisse intactes les poutres de bois et les murs de briques. Le bouche à oreille et la créativité du restaurateur font en sorte que, depuis l'ouverture, l'établissement accueille gens d'affaires et amis, midis et soirs. Ce restaurant offre à la clientèle un choix de mets intéressant. Et signe particulier: le menu varie tous les jours grâce aux efforts des deux chefs cuisiniers; la cuisine de Français - de Bordeaux - se marie donc très bien avec celle du Gaspésien ...

Parlons affaires

C'est derrière son comptoir que le propriétaire, Jean-Pierre, est aux anges. Autour de lui, on discute travail, mais on parle de tout, de la vie, et puis, qu'est-ce qui rassemble les gens autour d'une table? La nourriture, bien entendu! Les tables sont bien réparties afin que la clientèle ne soit pas dérangée par les bruits de la conversation des voisins.

Parmi les clients qui fréquentent l'établissement, Jean-Pierre Ousset raconte: «On retrouve autant des clients de grandes sociétés comme Alcan et la firme de comptables Raymond Chabot Grant Thornton. Les artistes et les gens du multimédia du Vieux-Montréal semblent particulièrement affectionner ce lieu. Les limousines se stationnent devant l'entrée pendant que les gardes du corps des gens plus importants attendent patienment assis au bar.»

En hiver, la cheminée, les pierres et les poutres de bois créent une ambiance chaleureuse, un cadre dans lequel les habitués viennent pour savourer un bon dîner. Puis, l'été, à l'heure de l'apéro, vous apprécierez la terasse pour y déguster pastaga, pissaladière et aïoli marseillaise ... Mmm! C'est ça, le goût du Sud et son savoir-manger!